mélenchonF2 Le jeudi 23 février l’invité de l’émission politique sur France 2 était Jean-Luc Mélenchon. Une émission où l’on interroge, où l’on confronte l’opinion de l’invité à celle de téléspectateurs, où l’on permet clairement à celui qui a accepté de venir débattre de mettre en avant certaines de ses propositions. Forcément, les journalistes n’étant pas là pour servir la soupe, parfois l’intention de bien mettre en difficulté est aussi visible que le nez l’est au milieu du visage. Rien de très original ni de très problématique pour un homme politique, surtout s’il est un candidat avéré anti-système. Ce qui pose clairement question, c’est quand on a la certitude que l’un des témoignages a été purement et simplement bidonné pour permettre un raccourci politique.

Les propos que nous tenons peuvent paraître durs et porter gravement atteinte à la crédibilité des journalistes qui ont monté l’émission. Nous en avons pleinement conscience. Mais comment ne pas penser ainsi, quand on s’aperçoit que sur un sujet donné rien ne semble avoir été vérifié, que les réalisateurs ont avalé sans discuter la fable qui leur était racontée.

En la circonstance il s’agit du témoignage d’une restauratrice calaisienne, venue nous expliquer la faillite de son commerce (comme si la chose était toute récente) par la présence des migrants, nous raconter qu’elle était quasiment SDF... Une citoyenne qui dira dans un premier temps qu’elle n’a rien contre « ces gens-là », mais qui très vite reprochera à Jean-Luc Mélenchon de vouloir mieux traiter les étrangers que les citoyens français en difficultés ; expliquera encore que dans sa famille on votait communiste mais que là, elle était tentée par le vote pour…

Et la boucle était bouclée.
Soyons clairs. Que cette dame vive de réelles difficultés est indiscutable. Mais, car il y a un mais, elle y est peut-être pour quelque chose. Un travail un peu fouillé sur l’histoire de la fermeture du restaurant aurait sans doute permis de découvrir d’autres problématiques. Une recherche un peu plus sérieuse sur la crédibilité de l’intéressée aurait également permis de comprendre que son intérêt pour un vote donné n’était pas si récent que cela, que peut-être cela ne sentait pas bon du tout. Autant nous pouvons comprendre qu’une personne en difficulté essaye par tous les moyens d’exprimer son mal être, d’attirer l’attention sur ses problèmes pour espérer obtenir l’aide qui permettra de s’en sortir, de rebondir.
Autant nous n’accepterons jamais que l’on travestisse la réalité, que l’on invente des histoires à dormir debout pour tenter de justifier l’injustifiable.
Le témoin a-t-il été abusé ? Au début de nos recherches nous aurions pu le penser. Aujourd’hui nous sommes davantage persuadés que pour ce reportage, il s’est clairement rendu complice d’une manipulation politique.
Quelques questions s’imposent : pourquoi n’a-t-il pas été dit que le témoin était tout dernièrement le gérant d’un établissement (commerce) qui a défrayé la chronique calaisienne pour de graves atteintes à l’ordre public et qui a été fermé en deux temps trois mouvements ? Pourquoi n’a-t-il pas été évoquée la multitude des établissements tenus par le témoin fermé sur décisions de justice ?.... Nul besoin d’aller plus loin, même si nous pourrions ajouter plusieurs pages qui feraient passer le langage et les histoires de « San Antonio » ou de « Police des Mœurs » pour de la petite bière.
Nous voulons juste retenir que le service public s’est rendu coupable de mensonges et de tromperie à l’égard des citoyens français. Si tout ceci était volontaire, alors nous pouvons être inquiets pour la démocratie. Si cela n’est que le résultat d’un manque de professionnalisme, alors nous sommes inquiets pour le service public de l’audiovisuel et pour la démocratie. À ce moment précis, il est une évidence. Dans les deux cas, il y a de quoi avoir peur pour demain.