migrants repas Le 2 mars, au lendemain de la décision de la maire de Calais d’essayer d’interdire aux bénévoles des associations de donner à manger aux migrants présents sur le territoire de la commune (dont de très nombreux mineurs), je poussais sur « Facebook » un énorme coup de gueule. Une position relayée ensuite par une partie de la presse locale.

J’indiquais vouloir interpeler le préfet du Pas-de-Calais et le ministre de l’intérieur sur l’illégalité d’une telle décision et, au-delà de la légalité, sur l’inhumanité qu’un tel positionnement. Ce sera le sens du courrier, qu’avec mon ancienne collègue au Parlement européen Marie Christine Vergiat (qu’elle soit ici sincèrement remerciée), nous enverrons aux intéressés.

Ce positionnement que j’assumerai toujours, même s’il m’a valu un certain nombre d’insultes de la part de petits esprits, m’aura permis de constater que l’énorme majorité de mes amis avaient à la fois un cerveau et un cœur.

Depuis l’instauration de ces arrêtés municipaux, les associations étaient obligées de ruser. Ce positionnant le plus souvent en dehors des périmètres désignés par les arrêtés municipaux, mais donnant à manger et surtout (je l’ai constaté par moi-même) veillant à la propreté de l’espace public. Des associations qui se sont groupées pour aller devant le tribunal administratif de Lille afin de faire reconnaître leur droit à l’humanité.
Ce jour, mercredi 22 mars 2017, l’instance juridique vient de rendre sa décision. Une décision qu’il vous faut faire circuler :

« Les arrêtés pris par la mairie de Calais visant à entraver la distribution de repas aux migrants sont annulés.
Dans son jugement, le tribunal considère que "la maire de Calais a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, à la liberté de réunion" et a fait obstacle "à la satisfaction par les migrants de besoins élémentaires vitaux au droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants (...)".
les juges disent "comprendre le souhait de la commune, soucieuse de préserver ses habitants et leur cadre de vie, isolée et démunie face à cette problématique complexe, (…)
Mais les mesures prises par la mairie "ont pour effet de priver une population en très grande précarité d'une assistance alimentaire vitale" et "ne sont ni adaptées, ni nécessaires, ni proportionnées au regard du but réellement poursuivi".
Le tribunal souligne par ailleurs, dans un communiqué émis après l’annonce du jugement, que la Ville de Calais « n’a apporté aucun élément probant établissant que les distributions de repas effectuées depuis le début de l’année 2017 avaient été à l’origine de troubles graves à l’ordre public de nature à justifier une restriction des libertés. »
Les associations ont évidemment salué cette décision. Les uns parlant de victoire, les autres se déclarant, comme le secours catholique, « satisfait que le juge ait fait droit à notre demande de respect de la dignité humaine. Dans notre république on n'a pas à être exposé à des traitements inhumains et dégradants. »

Des associations qui ne souhaitent qu’apporter un peu de réconfort et parvenir, pour peu que cela soit possible, à un accord a minima. Pour ce qui nous concerne, nous doutons fortement d’une telle possibilité. D’autant que si la mairie n’entend pas faire appel, elle n’en continue pas moins à invectiver les « humanitaires ».
C’est tout au moins ce que la presse reprend d’un point presse tenu par madame la maire : « Natacha Bouchart a fustigé les associatifs, qu’elle a qualifiés d’ «  activistes qui instrumentalisent les migrants  ». Il apparaît évident à chacun qu’une telle appréciation du rôle de l’entraide ne permettra sûrement pas de faire avancer le dossier.

Une réalité s’impose aujourd’hui à tous, la décision du tribunal administratif de Lille pointe que l’action publique se doit de répondre aux besoins vitaux des populations en grande souffrance. C’est le moins que l’on puisse attendre de la patrie des droits de l’homme. Le gouvernement est donc clairement invité à assumer ses responsabilités.