échiquier A l’occasion du dernier conseil communautaire (en date du 7 novembre), Natacha Bouchart s’est longuement épanchée sur les difficultés rencontrées par le complexe ICEO. Un départ inexpliqué de salariés obligeant l’administration à suspendre des créneaux ouverts au public. Ça c’est sa version.
Immédiatement après l’évocation de la situation par la presse locale, l’un des salariés a tenu à nous expliquer (dans un long courrier qui montre bien la déception qui était la sienne), pourquoi il considérait avoir été contraint de partir. Ce sera : sa vérité. De notre point de vue, elle ne doit pas être bien loin de la réalité comme nous le verrons plus tard.

« Mon expérience à Cap Calaisis
Tout commence en 2006, après l'obtention d'une licence STAPS, l'opportunité qui m’est donnée de travailler avec mon BNSSA au nouveau complexe qui vient d'ouvrir à Calais est une aubaine, …
Ces premiers pas en tant que « Nageur Sauveteur » furent enrichissants, (hormis le vol de tous ses effets personnels. NDLR), j'ai eu ensuite la possibilité d'être Nageur Sauveteur à l'année durant 2 ans en complément de mes études et de mon Master.
Afin de trouver un emploi stable, passer le Brevet d'État pour devenir Maître-Nageur Sauveteur était donc mon nouvel objectif. J'ai donc profité d'une formation d'une année à Calais, afin de passer le précieux sésame… En juin 2010, je me vois refusés les 2 mois de travail saisonnier à Icéo car je ne suis plus étudiant mais demandeur d'emploi, après 4 années de saisonnier, je ne me vois proposé qu'un seul mois... J’accepte donc un contrat d'un mois chez un formateur à Bruay la Buissière pour la période d'août. Une fois celui-ci accepté, Cap Calaisis me rappellera pour m'offrir l'opportunité de deux mois, mais étant engagé ailleurs je refusais et on me répondit à l'époque : “ qu'il ne fallait pas me plaindre dans l'avenir... ” En septembre 2010 un poste se libère, mais il sera pourvu par un maître-nageur en dehors de l'agglomération... C'est en novembre 2010 qu'un demi-poste me sera proposé, conscient de l'opportunité et attaché au Calaisis j'accepte en espérant voir ce poste évoluer en temps plein. Mon souhait fut exaucé en juin 2011. (…)Tout éducateur sportif à Cap Calaisis ou ailleurs en France a un régime indemnitaire qui représente environ 30% de son salaire, là aussi c’est l’arbitraire, pour certains c'est de suite, pour d'autres un trimestre ou 6 mois... pour moi ce sera 18 mois sans rétro-activité bien sûr... N'ayant pas le concours d'éducateur territorial qui a lieu tous les 2 ans, je ne suis donc pas titulaire et en contrat précaire renouvelé tous les trimestres... il n'y a donc pas lieu de se plaindre sinon la fin de contrat est assez rapide... Dans ces conditions, il faut donc s'investir, et se montrer disponible dès que possible et dès que la nécessité de service l'impose, il n'était pas rare d'être appelé sur ses repos pour venir travailler, les heures étaient majorées et il était encore possible de poser des récupérations assez facilement.
En décembre 2014 le poste de directeur de patinoire se libère, (…) je décide de postuler (…), je commence donc en janvier 2015. (…) En mars 2016, le poste de responsable de la patinoire est supprimé… Je décide de poser mes 650 h de récupérations obtenues LÉGALEMENT (cela représente plus de trois mois et demi NDLR), gage de mon engagement sur mon ancien poste...
Je fis donc mon retour en septembre 2016 sur les bassins... Cette rentrée fut marquée par le non renouvellement du contrat d'un collègue MNS sans entretien ou courrier expliquant les raisons et par de nombreuses modifications : fermeture du lundi, temps de travail et de sport... L’ensemble des personnes travaillant à Icéo ont été impactées.
Sans m'attarder sur ces modifications, celle qui a fait le plus souffrir fut l'absence de weekend, en effet, il faut donc depuis 2016 travailler 5 jours sur les 6 jours restants et comme les lundis sont fermés, il est impossible, pour un agent d'avoir un week-end complet... Malgré quelques demandes, aucune n'a été prise en compte. Le week-end permet tout de même de passer du temps en famille, entre amis, sortir, et dans cette période plutôt morose ces petits moments seraient les bienvenus.
En mai, certains d'entre nous furent convoqués à un entretien afin de signifier qu'avec notre ancienneté, nous étions éligibles à la loi Sauvadet pour une possible titularisation, la fin du calvaire pour une vingtaine de personnes à CAP CALAIS ? L'exil des éducateurs a commencé en novembre 2016 par un rapprochement du conjoint, en janvier par un départ à la retraite sans anticipation ni remplacement de celui-ci. Pensant que des améliorations allaient être apportées, la plupart des MNS ont patienté mais en septembre aucune amélioration si ce n'est une convocation officielle de l'ensemble des éducateurs pour manque de professionnalisme et un courrier de refus de titularisation à deux d'entre nous qui devions voir le bout du tunnel et nous voir proposer une titularisation grâce à la loi Sauvadet après chacun 7 et 8 années de bons et loyaux services et de contrats trimestriels !!
Malheureusement un courrier reçu et signé de la présidente (nous l’avons) stipulant qu'il n'y a pas de possibilité d'embauche en tant qu'éducateur sportif mettra un terme à nos projets... Dans ces conditions, plusieurs d'entre nous avons passé des entretiens pour aller ailleurs !
Me voilà donc à 36 ans en Martinique et je signe pour la première fois de ma vie un CDI , j'ai donc laissé ma pile de contrats de trois mois, les soucis et la précarité, je ne peux qu'avoir une pensée pour mes anciens collègues surtout les non-titulaires et leur souhaiter bon courage dans leur avenir. »

La presse locale ayant comme nous reçu l’écrit de ce salarié, s’est rapprochée de la présidente pour avis. Une présidente qui répondra au journaliste : « que la titularisation était acquise au salarié, mais qu’il l’a refusée pour un autre projet ». Évidemment, cette nouvelle déclaration est en opposition avec un courrier signé de la présidente en date du 7 septembre 2017 qui disait lui qu’il n’y aurait pas d’ouverture de poste.

On le voit bien, c’est davantage la mauvaise gestion des ressources humaines à ICEO et en général à l’agglomération qui est responsable des difficultés actuelles, pas la mauvaise volonté des salariés qui ne sont considérés que comme des pions et non comme des agents dont la valeur professionnelle devrait mise en valeur.

Dans tous les cas, cette situation et son évocation dans la presse, auront sans doute permis la titularisation pour les mêmes causes (loi contre la résorption de la précarité) de trois enseignants du conservatoire de musique. On leur avait dit que cela n’était pas possible, et… ils vont être titularisés. Tant mieux.