A l’occasion des conseils (municipal et communautaire) de la fin de l’année, la question du temps de travail des agents était à l’ordre du jour. Sur la base d’un rapport de la chambre régionale des comptes, qui incite les collectivités (le mot est important) à faire travailler leur compte aux salariés, madame Bouchart et sa majorité, ont pris la décision politique, une fois de plus, de montrer du doigt les salariés au service du public, d’organiser l’allongement du temps de travail.

Un sujet sur lequel, Jacky Hénin s’est exprimé :
« Ainsi donc, voici venu le temps d’ « obliger » les salariés de la ville de Calais à travailler leur compte. Car, c’est de notoriété publique, les salariés de cette institution comme tous les fonctionnaires seraient toujours en retard, toujours partis avant l’heure, incapables de prendre des initiatives, toujours malades… j’en passe. La chambre régionale des comptes a estimé, après bien des calculs savants, que les salariés de la ville ne travaillaient que 1526 heures, alors qu’ils auraient dû en théorie travailler 1607 heures. Dès lors, la chambre régionale des comptes s’est immédiatement associée à la propagation de l’idée dominante, faisant du coût du travail le seul problème de notre société.
Partout en France, dans toutes les collectivités employant des salariés, la même rengaine : « ils n’effectuent pas leurs heures ».
Dès lors de recommander, d’inciter, d’y revenir plus que nécessaire.
Par contre, nous n’avons pas connaissance de rapport de la chambre régionale des comptes pour estimer : Que les compagnies d’assurances réalisent des bénéfices sur le dos des contribuables et qu’il est parfois normal de s’interroger sur des possibilités d’entente.
Que les conseils fournis aux collectivités en matière de financement des emprunts, ont parfois débouché sur d’énormes scandales.
Que l’absence de moyens des services des impôts (notamment pour l’estimation des bases fiscales) prive les collectivités territoriales de moyens importants, génère d’énormes inégalités entre contribuables. Que les collectivités sont particulièrement pénalisées dans leur gestion sur l’impossibilité de récupérer la TVA sur le fonctionnement…
Nous pourrions en ajouter des pages.

Si la mission des chambres régionales des comptes nous apparaît comme parfaitement légitime, nous ne pouvons nous empêcher d’affirmer que cette instance judiciaire outrepasse en maintes circonstances, les prérogatives qui lui ont été dévolues par la loi.
Autant le contrôle juridique de toutes les actions des collectivités doit être renforcé pour garantir les droits de chacun, autant la chambre régionale des comptes n’a pas à se donner des prérogatives que la loi n’a pas souhaité lui attribuer. C’est aux seuls électeurs qu’il appartient de juger des engagements des élus, dès lors qu’ils sont sociaux, culturels, sportifs, économiques, touristiques… et dès lors qu’ils respectent la loi.
Sur la base d’un rapport qui ne met nullement en cause le fondement juridique du temps de travail, nous sommes incités, comme le dit la délibération. Inciter : pousser à faire quelque chose. Comme synonyme on trouve : encourager. Rien à voir avec une quelconque injonction de faire.
Il ne s’agit pas d’une obligation. Et pour cause. Si la loi fixe le cadre, la négociation permet aux employeurs et aux employés de s’accorder sur le temps de travail. Il n’est pas rare de voir des employeurs accorder des fins d’après-midi, payer une heure supplémentaire, de donner des restants de matériaux… Cela existe car les employeurs ont besoin de leurs salariés et les salariés ont besoin de leurs employeurs. Celui qui donne, sait parfaitement que le jour où il aura besoin, il pourra compter sur… pour une plus grosse semaine, pour un chantier plus difficile, pour que l’entreprise garde son efficacité.
C’est d’ailleurs ce que de nombreux représentants de collectivités (souvent plus importantes que la nôtre) ont répondu aux incitations. Parce qu’ils savent bien que ceux qui ramassent les ordures ménagères, étudient les dossiers de permis de construire, entretiennent les installations sportives, entretiennent les locaux, animent les crèches, s’occupent des jeunes et des moins jeunes, assurent l’assainissement… et tous les autres sont au service du public et ne comptent pas toujours le léger dépassement horaire.
Comme nous, ils savent que dans les moments difficiles on peut compter sur les salariés du service public. Ils savent aussi que depuis de trop nombreuses années, les salariés des collectivités ont perdu beaucoup de pouvoir d’achat, qu’il n’y a pas de participation aux bénéfices, pas d’accord d’entreprise prévoyant la prise en charge par l’employeur des pertes de salaires pour maladie.
Forcément, on peut être légèrement conciliant, parce que c’est mérité.
Au terme de mon exposé, je veux dire qu’il était inutile de livrer le personnel à une vindicte populaire qui ne sent pas bon.
Il aurait été préférable d’inviter la chambre régionale à s’occuper de ce qui la concerne vraiment.

Nous voterons contre cette délibération qui est une attaque contre les droits acquis des salariés. »